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Erik Auriacombe
Interviuri

Interviu cu Erik Auriacombe
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Cristina Calarasanu: Monsieur Eric Auriacombe, vous êtes psychanalyste, mais aussi médecin, spécialiste en psychiatrie et pédopsychiatrie. Pouvez-vous nous dire, s’il vous plait, quel rôle jouent dans la petite enfance les manifestations somatiques, les maladies. Peut-on comprendre le corps de l’enfant comme étant une aire d’expression de la souffrance?

Eric Auriacombe : Certainement, le corps reste la scène privilégiée sur laquelle se déploient les expériences premières de la relation à l’autre. Le bébé peut rapidement se sentir envahi par des éprouvés corporels qu’il a du mal à maîtriser. Les troubles fonctionnels du nourrisson constituent alors des symptômes de sa détresse, qu’il s’agisse de difficultés alimentaires (reflux gastro-oesophagien, anorexie), de troubles du sommeil ou d’autres manifestations somatiques. Les maladies psychosomatiques peuvent s’installer si les difficultés perdurent en installant ce mode d’expression dans la durée et en shuntant la mise en pensée et en mots. L’importance des expériences de douleur chez le bébé a longtemps été négligée. Freud, lui-même, s’il décrit une expérience de douleur et une expérience d’effroi d’origine externe dans « L’interprétation des rêves », paraît y renoncer plus tard pour insister sur le rôle des expériences de satisfaction et de manque, ce qui n’est pas équivalent. Les expériences de satisfaction et de manque (à condition qu’elles ne soient pas trop intenses) peuvent contribuer à favoriser les processus de représentation et de pensée du bébé. La douleur va, par contre, favoriser l’installation de mécanismes de la série négative pour éviter, voir supprimer, les souvenirs en lien avec elle. La douleur peut provenir de l’extérieur, mais aussi de l’intérieur du corps, voire de la pulsion impérieuse qui, dit Freud, peut être comme une épine dans la chair. La souffrance corporelle est déjà une expérience psychique. Il est ainsi crucial d’accompagner le bébé pour l’aider à métaboliser ces expériences et contribuer à les inscrire dans un monde d’expression langagière.

Cristina Calarasanu: Le développement du nourrisson, voila une étape considérée comme la plus importante pour construire l’espace psychique. Si le développement rencontre des situations traumatiques, quels sont les effets sur les liens intrasubjectifs et intersubjectifs qu’il doit créer?

Eric Auriacombe : Les expériences de douleur et d’effroi font partie du développement psychologique de l’enfant. Elles installent la question traumatique à l’intérieur même de la formation de l’appareil psychique. Le trauma prend l’enfant par surprise, dans l’impréparation, et il réactive la question de la détresse du bébé. L’enfant peut être incapable de « comprendre » l’évènement en cause et de l’intégrer à sa pensée. Le souvenir enkysté pourrait alors être réactivé, dans l’après coup, par un second évènement ayant quelques liens associatifs avec lui. La mise en mots, même s’il s’agit d’un bébé, demeure le traitement principal de ce type de problème, non seulement pour les parents qui doivent être aidé à verbaliser leur angoisse, mais aussi avec le bébé, qui doit pouvoir inscrire cet évènement dans un bain de langage. L’intersubjectif, c’est-à-dire l’intervention de l’autre dans le développement psychique, reste primordial. La relation à l’autre devient alors la condition du développement du psychisme du Sujet. J’ai proposé d’intégrer l’ensemble de ces expériences originaires dans le cadre du « complexe de l’être proche » (Nebenmensch) comme forme primaire de la relation d’altérité originaire.

Cristina Calarasanu: Vous avez écrit sur le deuil précoce, un sujet qui reste un défi pour tous les psychologues qui travaillent avec les enfants et qui rencontrent ce processus difficile. Parlez nous de l’approche psychanalytique du deuil chez l’enfant.

Eric Auriacombe : J’ai associé l’étude du deuil à celle de la douleur et de l’effroi. Mélanie Klein, Anna Freud et Hélène Deutsch avait insisté sur la réactivation de la position dépressive lors de la perte d’un être cher et sur le fait que l’enfant vivant un deuil n’a pas toujours atteint le stade de constance de l’objet, ce qui en fait un deuil compliqué car intervenant en période de structuration. La perte d’un parent constitue une véritable expérience mutatique pour le bébé confronté à une rupture brutale de ses investissements affectifs. Il peut également s’agir du décès d’un frère ou d’un autre parent qui plonge la mère dans une dépression (que Green a bien décrit comme « complexe de la mère morte »). La douleur du deuil peut, si les suppléances parentales ne sont pas suffisamment bonnes, activer des mécanismes de défense de la série négative. Cette expérience vécue très précocement, entraîne chez le sujet des « lacunes » psychiques, liées aux mécanismes défensifs mis en place pour éviter son impact traumatique, en rapport avec l’impossibilité de traduction psychique qu’elle comporte : Effroi, évitement et détournement du souvenir, enkystement de ce même souvenir (et non refoulement, qui comporterait une promesse de réouverture). Le deuil précoce est ainsi un travail de détournement du souvenir et non comme dans les autres formes de deuil, un travail de remémoration en détail. La perte précoce devient ainsi un « trauma » en négatif, sans mémoire. Comme le dit Piéra Aulagnier : « Là où il y avait une chose, apparaît un trou noir. » C’est à travers des effets de retour ou plutôt de hantise que la question de l’absence peut alors être abordée, car à partir de ce vide attractif issu par le « trou de mémoire » provoqué par l’évitement, se manifeste finalement la hantise de l’être humain proche.

Cristina Calarasanu: « Harry Potter, l’enfant héros », le livre que vous avez écrit en 2005 parle de ce personnage célèbre connu des enfants du monde entier. Comment avez vous choisi l’histoire de ce personnage? Qu’est ce qu’il y a dans le miroir offert par ce conte magique qui a permis la rencontre de la littérature avec la psychanalyse?

Eric Auriacombe: En 1998, j’ai découvert ce personnage dont les enfants parlaient déjà avec enthousiasme. Enfant endeuillé précoce, traumatisé et maltraité, j’ai constaté qu’il pouvait illustrer de manière exemplaire mes travaux sur le deuil de l’enfant. Harry Potter, orphelin à l'âge de un an, aurait perdu ses parents dans un accident de voiture, dans lequel il a été lui-même impliqué. Il en a conservé une trace, inscrite profondément dans sa chair, sous la forme d'une cicatrice sur le front. Son oncle et sa tante le recueillent malgré eux et ils le maltraitent. Á onze ans, il apprend qu'il appartient au peuple des sorciers. Deux théories concernant la mort de ses parents se juxtaposent alors, celle des Moldus et de l'accident de voiture traumatique, et celle des Sorciers et du combat avec Lord Voldemort. L’intrigue s’oriente vers la réapparition progressive du seigneur des ténèbres Voldemort et le suspens quant à l'issue finale s'amplifie au fil des volumes. Le personnage principal évolue progressivement : il découvre sa famille et ses origines. Il reconstitue son histoire malgré le poids du secret et le silence. Voldemort renaît peu à peu et il incarne, quant à lui, la figure de l’ennemi. La vie psychique de Harry Potter est décrite très précisément : douleur et dépression, angoisse, culpabilité, sentiment de vide et hallucinations, doute sur son intégrité physique et mentale, rêves à répétition, cauchemars, relation spéculaire, liens à son père et à sa mère. Á noter l’aspect parfois capricieux de Harry adolescent dans le tome V : morose, persécuté, coléreux, égocentrique. Harry présente une forme de pathologie du narcissisme avec dépression anaclitique et abandonnisme dans lesquels les mécanismes défensifs de la série négative se révèlent prévalents. Il s’agit pour éviter et oublier la douleur (du trauma et du manque) de choisir de ne plus penser du tout, de se cacher, d’éviter toute relation (y compris avec son alter ego), de s’auto interdire d’exister, de générer des passages à vide dans une forme de narcissisme négatif (comme si Narcisse tombait amoureux de l’absence de son reflet), de mettre en place des « blancs » de pensées, voire d’installer dans une crypte inaccessible les représentations ou les personnes qui doivent être maintenues secrètes en rapport avec l’histoire de ses parents.

Cristina Calarasanu: On parle beaucoup aujourd’hui de la méthodologie du travail thérapeutique possible dans les institutions pour les enfants. Selon votre expérience, quelle serait la meilleure approche? On peut parler d’un travail groupale ou d’un travail familial?

Eric Auriacombe : Cette question est posée depuis soixante ans : Comment rendre soignante une institution ? Les travaux de Spitz sur l’hospitalisme ont ouvert la voie en montrant combien les relations affectives étaient déterminantes associées à un sérieux travail de verbalisation du vécu des soignants, de circulation de la parole, d’organisation du temps et de l’espace institutionnel pour promouvoir le respect de l’expression de l’enfant. Dans ce cadre, des dynamiques groupales peuvent être mises en place. Ce type de travail n’est pas contradictoire avec un suivi familial, car il ne s’agit pas d’une forme de suppléance, mais d’un dispositif psychothérapique particulier. Le travail avec la famille, lorsqu’il est possible, reste dans tous les cas nécessaire et utile pour garder à l’enfant un lien avec son histoire et ses origines.

Cristina Calarasanu: Connaissez-vous la Roumanie? Avez-vous rencontré des psychologues ou des psychanalystes roumains?

Eric Auriacombe : En 1974, j’ai visité la Roumanie avec un groupe d’amis, en camping et en prenant nos repas dans des restaurants de village. J’ai conservé un excellent souvenir de mes rencontres avec les habitants, de la musique, des costumes des Maramures et des magnifiques monastères…J’ai effectivement rencontré des psychologues et psychiatres roumains venus étudier ou travailler en France. Nous avons beaucoup de points communs dans nos manières d’aborder la psychopathologie…