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« Les deuils infantiles »
Eric Auriacombe, L’Harmattan (2009)
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| Eric Auriacombe, dans son livre « Les deuils infantiles », paru récemment chez L’Harmattan, s’appuie sur le plan méthodologique et épistémologique sur la mise en évidence d’une véritable « clinique de la théorie freudienne ». Il montre comment Freud ayant lui- même subit un deuil précoce reproduit dans son processus de théorisation les mécanismes à l’œuvre dans l’appareil psychique des sujets endeuillés. Si le deuil de son père a contribué à la découverte du fonctionnement des rêves, le non-deuil ou deuil précoce de son petit frère Julius est resté énigmatique, présentifiant l’énigme du rapport à l’autre, non seulement dans le rapport de Freud à une mère déprimée, mais aussi en lien avec le message énigmatique provenant du mort. Eric Auriacombe associe l’étude du deuil à celle de la douleur et de l’effroi. Il met en évidence l’abandon par Freud de ces propres théorisations concernant l’ « expérience de douleur », et l’ « expérience d’effroi d’origine externe », ombre théorique d’un mécanisme de défense les concernant, l’évitement (ou détournement) du souvenir de la douleur et de l’effroi, en remarquant que l’évitement théorique reproduit le mouvement psychique consécutif à l’expérience d’effroi et spécialement en cause dans la problématique de deuils précoces. Il considère que cette expérience vécue très précocement, entraîne chez le sujet des « lacunes » psychiques, liées aux mécanismes défensifs mis en place pour éviter son impact traumatique, en rapport avec l’impossibilité de traduction psychique qu’elle comporte : Effroi, évitement et détournement du souvenir, enkystement de ce même souvenir (et non refoulement, qui comporterait une promesse de réouverture). La deuxième partie du travail se distribue selon une méthodologie d’écriture qui fait démonstration. Eric Auriacombe reprend l’étude approfondie d’un certain nombre de concepts psychanalytiques qui accompagnent la réflexion autour du deuil, et dessine de cette manière les bords d’une lacune conceptuelle concernant les modalités très primitives du fonctionnement psychique devant la douleur, la perte et le deuil. Sont discutés les théories de Mélanie Klein, Anna Freud et Hélène Deutsch sur la réactivation de la position dépressive lors de la perte d’un être cher et sur le fait que l’enfant vivant un deuil n’a pas toujours atteint le stade de constance de l’objet, ce qui en fait un deuil compliqué car intervenant en période de structuration. A partir de là, la recherche propose des pistes théorico-cliniques sur l’énigmaticité résultant d’une perte trop précoce (le message reçu de l’autre par l’enfant en détresse ne s’inscrivant pas en trace mémorielle structurante). Ainsi, le travail débouche sur une psychopathologie clinique du « détournement du souvenir » : effroi (douleur psychique, douleur physique, présence et absence, principe de déplaisir), ambivalence, indifférence, déni, scotome, rejet/forclusion, clivage du moi, hallucination seront ainsi retravaillés. Eric Auriacombe propose alors d’intégrer l’ensemble de ces expériences originaires dans le cadre du « complexe de l’être proche » (Nebenmensch) comme forme primaire de la relation d’altérité originaire en reprenant à cet égard la question de l’ambivalence, de l’indifférence et la problématique du neutre (« neuter », ni l’un, ni l’autre). Le deuil précoce est ainsi un travail de détournement du souvenir et non comme dans les autres formes de deuil, un travail de remémoration en détail. La perte précoce devient ainsi un « trauma » en négatif, sans mémoire. Comme le dit Piéra Aulagnier : « Là où il y avait une chose, apparaît un trou noir. » Mais, cet évitement du souvenir est aussi évitement radical de l’altérité, marquée comme le dit Blanchot de l’exigence prédialectique du Même à l’Autre, du neutre, dans un relation « des-inter-essée ». C’est à travers des effets de retour ou plutôt de hantise que la question de l’absence peut alors être abordée, car à partir de ce vide attractif issu par le « trou de mémoire » provoqué par l’évitement, se manifeste finalement la hantise de l’être humain proche. Et Eric Auriacombe de conclure, que dans la problématique des deuils précoces, « se réactualisent alors, la « proximité à l’autre » dans son caractère démoniaque, l’ « Exposition à l’autre », dans la passivité, dans l’effraction de son message, et la négativation des éléments représentatifs s’y rapportant, dans leur énigmaticité originaire et fondamentale. Jean Paul C. |
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