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Massimiliano Sommantico
Interviuri

Apport de D. Anzieu a la clinique psychanalytique groupale
Interviu cu Massimilano Semmantico

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Cristina Calarasanu: Monsieur Massimiliano Sommantico, dites nous s’il vous plait quelques mots sur vous pour les psychologues roumains. Comment avez vous choisi le mouvement psychanalytique de couple et de famille?

Massimilano Semmantico : Mon rencontre avec la psychanalyse de couple et de famille a suivi un parcours à deux voies, toutes les deux successives à mes études universitaires que j’ai accomplis à Rome. D’un coté, j’y suis parvenu au travers ma première formation comme thérapeute familial, une formation systémique-relationnelle conduite dans un Institut privé où j’ai eu le tutorat d’une thérapeute familiale avec une formation psychanalytique (Gemma Trapanese) et avec laquelle nous avons fondé, pendant les années, le Département de Psychanalyse Appliquée au Couple et à la Famille. D’un autre coté, j’ai rencontré la pensée des psychanalystes de couple et de famille pendant la préparation de la thèse pour ma deuxième Spécialisation en « Psychologie du Cycle de Vie » à l’Université des Études de Naples « Federico II », sur le thème, « Mythe et métaphore », parcours de recherche sur lequel j’ai continué à travailler pendant mon Doctorat – et après dans ma formation psychanalytique – toutes les deux avec le tutorat d’une Enseignante de formation psychanalytique (Mariella Ciambelli). C’est avec le travail et l’échange constante avec ce dernière que j’ai rencontré avant tout la pensée de R. Kaës et, par le moyen de celui-ci, la pensée de D. Anzieu. Aujourd’hui, je suis Enseignant Chercheur à l’Université de Naples, Membre de l’Association de Psychanalyse du Couple et de Famille (AIPCF) et Membre Fondateur du Groupe d’Intérêt théorique-clinique sur la psychanalyse du couple et de la famille de la IV Section (Psychoanalytic Psychotherapy of Couple and Family, PPCF) de la European Federation for Psychoanalytical Psychotherapy in the Public Sector (EFPP).

Cristina Calarasanu: Comment a été votre première rencontre avec l’œuvre de D. Anzieu ?

Massimiliano Semmantico : Comme je vient de vous dire, ma rencontre avec l’œuvre de Didier Anzieu a eu la médiation de ma rencontre avec René Kaës qui j’ai eu la chance de connaître pendant des séminaires d’études organisés régulièrement à l’Université de Naples par mon maître Mariella Ciambelli. Le première texte d’Anzieu que j’ai lu a été Le groupe et l’inconscient qui, avec L’Appareil Psychique Groupal de Kaës, son devenus – et encore sont – une référence majeure et obligée dans ma façon d’entendre ce qui se passe dans les ensembles plurisubjectifs. Comment on le sait, c’est à partir des thèses de ces deux auteurs qu’on a pu parvenir à définir un Appareil Psychique Familial (Ruffiot), de Couple (Caillot et Decherf) et, plus récemment, Fraternel (Jaitin). Je ne peut pas que définir frappant ce rencontre pour le pouvoir de cette pensée et de cette œuvre en termes d’explication et d’intelligibilité psychanalytique de la réalité psychique groupale. À partir de la, j’ai continué à approfondir ma connaissance de l’œuvre d’Anzieu qui m’a permis de comprendre la portée de la même: une série de fenêtres ouvertes sur l’inconscient dans son travail aussi varié comme, entre autre, celui lié à ses manifestations aux méthodes projectives, dans le contretransfert du psychanalyste – et dans son interpretation pendant la cure; mais aussi dans la structuration du Moi-peau et des enveloppes psychiques et dans l’activité de penser – comment dans leurs disfonctionnements – ou dans la création artistique. C’est par rapport à ce dernier point que je voudrais faire un petit remarque. Bien que je n’ai jamais eu la chance de connaître personnellement D. Anzieu, c’est en lisant son Beckett que j’ai eu l’impression d’être parvenu plus voisin de lui, de la richesse de sa pensée incarnée. C’est en ce sens que je veut rappeler son affirmation du 1975, dans son article « La psychanalyse encore »: « L’inconscient… est le corps, dont chaque sujet s’essaye à dire, pour d’autres et pour lui, l’expérience qu’il en a ou en a ete et la réalité psychique qu’il a étayée sur lui: souffrances, jouissances et leurs signes, enveloppe qui, les contenant, permet de les faire comprendre ».

Cristina Calarasanu: Selon D. Anzieu, le cadre, qui est le modèle contenant psychanalytique, prend la forme d’un enveloppe psychique et a les mêmes fonctions. Pouvez vous nous parler sur l’évolution de ce concept et aussi de cette association ?

Massimiliano Semmantico: Comment j’ai écrit dans deux article sur l’œuvre d’Anzieu, un en italien et l’autre en français, La notion de cadre psychanalytique, a été enrichie et élargie par la théorie de l’enveloppe psychique qui permet une meilleure compréhension de la fonction du cadre et des conditions qu’il doit remplir afin que prenne place un processus de transformation et d’élaboration. En effet, le cadre, comme modèle contenant fondé sur l’idée de délimitation, de protection, fournit les conditions pour l’instauration du processus psychanalytique. Cette idée de délimitation et contention protectrice, d’interface entre l’interieur et l’extérieur, s’appuie sur le modèle de la peau si chère à l’auteur et base de son concept central de Moi-peau. Comment j’écrivait, à partir de la notion métaphorique de «peau psychique» d’Esther Bick, les concepts de Moi-peau et d’enveloppe psychique s’inscrivent dans un courant de pensée psychanalytique qui prend en considération les «contenants» psychiques – qui fondent la possibilité d’avoir des contenus, conscients et inconscients – et l’interaction contenant-contenu. C’est de cette relation dialectique qui procède la constitution du sujet, mais aussi du groupe. Et c’est proprement dans la compréhension des situations pathologiques, où il est possible de mettre en évidence les défauts dans cette constitution, que les concepts introduits dans la pensée psychanalytique de la part d’Anzieu peuvent résulter plus utiles. Dans son article du 1986, « Cadre psychanalytique et enveloppe psychiques », D. Anzieu retrouve dans le premier les deux couches de la membrane. Le cadre psychanalytique va fournir le pare-excitation, ainsi qu’à la pellicule interface correspondent les deux consignes, c’est-à-dire les deux versants de la règle fondamentale: 1) la règle de non-omission, pour le patient, et l’attention également flottante, pour l’analyste ; 2) la règle d’abstinence, pour le patient, et l’attitude de neutralité bienveillante, pour l’analyste. Il dit clairement que « l’emboîtement des deux consignes au sein d’une même règle fondamentale reflète l’emboitement originaire des enveloppes constitutives de la psyché, qui font de celle-ci un appareil à penser les pensées, à contenir les affects et à transformer l’économie pulsionnelle ». La fonction contenante du cadre psychanalytique c’est aussi celle de contenir les éléments non pensables et non liés, dans une sorte de peau commune au psychanalyste et au patient ou, dans des situations plurisubjectives, un peau commune groupale, une sorte de Moi-peau groupale qui permet une ébauche de différenciation entre l’intérieur et l’extérieur et qui acquiert aussi une fonction de facilitation des processus de symbolisation et de fantasmatisation. Notamment par rapport aux situations plurisubjectives, le cadre psychanalytique va se substituer au cadre groupal défaillant, ce qui permet un possibilité de travail sur l’objet-contenant, et de son intériorisation. C’est en ce sens alors qu’on peut parler du cadre psychanalytique comme d’un sorte de premier organisateur psychique.

Cristina Calarasanu: Le groupe comme le rêve. Voila une idée qui continue à susciter un grand intérêt. Comment est née cette théorie ?

Massimiliano Semmantico : Dans Le groupe et l’inconscient D. Anzieu a formalisé, sur la base de la théorie freudienne du rêve, son hypothèse de l’analogie entre groupe et rêve. Selon le mots du même auteur, « le groupe… c’est avant tout la réalisation imaginaire d’un désir ; les processus primaires, voilés par une façade de processus secondaires, y sont déterminants ; autrement dit… le groupe, comme le rêve, c’et un débat avec un fantasme sous-jacent. Les sujets humains vont à des groupes de la même façon que dans leur sommeil ils entrent en rêve. Au point de vue de la dynamique psychique, le groupe c’est un rêve ». Comme le rêve, le groupe – entendu comme lieu privilégié d’expression des désirs – mobilise en fait les mécanismes de défense individuels puisqu’il est vécu « comme réalisation imaginaire du désir », comme lieu d’« association d’un désir et d’une défense ». Le désir qui va se réaliser dans le groupe c’est « un désir réprimé de la veille », mais aussi « un désir réprimé de l’enfance ». Mais encore: comme le rêve pour Freud, le groupe pour Anzieu est le lieu d’une régression chronologique, topique et formelle; « dans le groupe, comme dans le rêve, les actions sont les déplacements, des condensations et des figurations symboliques du désir ». La figure qui mieux peut rendre compte de cette analogie entre rêve – « illusion individuelle par excellence » – et groupe c’est l’illusion groupale. Ce concept, qui est une expression du narcissisme groupal, peut aider à comprendre que ce qui est vécu par le sujets dans le groupe comme menace au narcissisme individuelle; mais en outre elle peut nous se dévoiler comme «défense collective contre l’angoisse persécutive commune » aussi bien que comme moi idéal commun. Aujourd’hui c’est nécessaire, a mon avis, compléter ce point de vue avec la précision proposée par René Kaës dans son dernier livre Les alliances inconscientes, et selon laquelle « le groupe – et plus généralement tout lien – n’est pas seulement le moyen et le lieu de réalisation des désirs inconscients individuels et « de rêves de désirs irréalisés » mais qu’il est aussi le moyen et le lieu de l’expérience de la haine, de la destruction, de la mort, de l’impensable » ; c’est-à-dire que le groupe est aussi le moyen et le lieu du négatif, ce qui rend compte du fait que l’assemblage groupal se fait aussi sur ce que le sujets nient ou dénient. C’est en ce sens que le même auteur nous dit que « la formation décrite par D. Anzieu comme l’illusion groupale est à réinterpréter, pour une part, sous cet angle: comme une alliance fondé sur la négativité relative. Mais pour une autre part, elle s’organise sur la négativité radicale ».

Cristina Calarasanu: Un autre point très important chez Anzieu sont les organisateurs groupaux. Est-ce que l’Œdipe fait partie d’eux ?

Massimiliano Semmantico : Didier Anzieu, dans Le groupe et l’inconscient identifie, comme vous le dite, et en référence à la théorie de Spitz sur la succession des organisateurs psychiques dans la vie psychique de l’enfant, des organisateurs psychiques dans la vie psychique du groupe. Le premier organisateur c’est le fantasme individuel, dans l’hypothèse que celui-ci « vise à constituer un appareil psychique groupal à partir d’un appareil psychique individuel », bien que le fantasme peut devenir aussi un désorganisateur « selon la nature et la massivité de l’angoisse avec laquelle il est en rapport »; le deuxième organisateur c’est l’imago, qui « tend à assurer au groupe un état d’équilibre entre la tendance à l’isomorphie et l’homomorphie », tendances décrites par R. Kaës; le troisième organisateur sont les fantasmes originaires, avec lesquels « la tendance à l’homomorphie contrebalance le plus la tendance à l’isomorphie ». Par rapport à l’Œdipe, celui-ci vient à être, comme un vrai organisateur psychique pour le groupe familial, mais comme un pseudo-organisateur pour le groupe en général : dans le groupe, en effet, il s’agit « d’un pseudo-Œdipe défensif contre la régression moïque et prégénitale » parce que « « faire du groupe » est pour certains une façon de se donner une façade de pseudo-œdipification ». Dans la théorie proposée par D. Anzieu, seule la famille peut donner au sujet un accès à l’organisation œdipienne. C’est en suivant cette ligne de pensée qu’A. Ruffiot a pu définir les organisateur psychiques du groupe familial – 1) illusion groupale; 2) imagos; 3) fantasmes originaires – et qu’A. Eiguer a pu définir les organisateurs du couple – 1) choix du partenaire; 2) Soi conjugal (ou familial par rapport à la famille); 3) interfantasmatisation. En revenant à la théorisation d’Anzieu, dans sa 3e édition de Le groupe et l’inconscient, il ajoute comme possible l’hypothèse d’un dernier organisateur du groupe, l’image du corps propre, suggérée par R. Kaës et R. Gori et qu’il pense en terme de pseudo-organisateur et comme réponse « au rêve nostalgique d’une union symbiotique entre les membres du groupe dans une matrice maternelle primitive », mais aussi la nécessité de la part de l’appareil psychique groupal de « se constituer une enveloppe qui le contienne, qui le délimite, qui le protège et qui permette des échanges avec l’extérieur ».

Cristina Calarasanu: Dans la clinique psychanalytique groupale qu’est ce qui se passe avec l’inconscient individuel? Quel est son rôle dans le travail groupal ?

Massimiliano Semmantico : L’inconscient individuel c’est inévitablement mise en cause quand on a à faire avec une situation groupale. C’est à partir de la rencontre – ou mieux de l’entrecroisement et de l’accordage – des fantasmes individuels qui vient se former et structurer une interfantasmatisation groupale, comme néo-réalité psychique. Mais je pense aussi à la notion de « fonction phorique » avancée par René Kaës et par laquelle un sujet dans un groupe se fait porte-voix du groupe même dans son ensemble dont le processus serait orienté par cette formation à la fois individuelle et expression d’une réalité psychique commune et partagée. En ce sens je pense que quand nous travaillons avec les ensembles plurisubjectifs nôtres interprétations sont adressées à cette réalité psychique de l’ensemble et pas aux sujets qui le forment. Le rêve d’un sujet en groupe, aussi bien qu’un symptôme ou un lapsus, sont à être interprétés et travaillés comme expression du fonctionnement inconscient du groupe, de sa propre interfantasmatisation. C’est a ce niveau la qui nous travaillons en tant que psychothérapeutes psychanalytique des ensembles humains, bien que les transformations qui vont se produire dans la réalité psychique groupale ont sans doute une répercussion sur le sujets du même ensemble qui ceux-ci forment. Comme le dit René Kaës dans un article récent, nous avons aujourd’hui à faire avec une psychopathologie du lien qui « décrit et interprète des dysfonctionnements spécifiques et une souffrance qui peuvent et doivent être rapportés aux caractéristiques psychique du lien chez ses sujets constituants, et non pas à leurs seules caractéristiques individuelles. Nous avons ainsi à travailler avec le paradoxe d’une psychopathologie du lien qui n’implique pas nécessairement une psychopathologie de ses sujets constituants ».

Cristina Calarasanu: Le Moi-peau c’est le concept central d’un œuvre très riche. Parlez nous s’il vous plait du passage du Moi-peau au Moi-pensant.

Massimiliano Semmantico : Comment Didier Anzieu le dit, à partir de l’article du 1974 « La peau: du plaisir à la pensée », « tous les mécanismes de la pensée sont acquis pat étayage sur une fonction biologique (quand celle-ci est source de plaisir et par figuration métaphorique ou métonymique de cette fonction ». Cette fonction c’est celle de la peau et du plaisir – et de déplaisir dans la pathologie – qu’elle provoque dans les échanges primaires entre le nourrisson et la mère. Et c’est à partir de la qu’on peut commencer à entrevoir le passage du Moi-peau au Moi-pensant. Ce passage, en effet, peut être compris en se référant à l’extension des fonctions du Moi-peau au Moi-pensant, toujours en s’appuyant sur l’idée majeure que « le penser tend à organiser les pensées sur le schéma corporel ». Je vais reprendre la grille proposée par Anzieu en 1993 dans l’article « Une approche psychanalytique du travail de penser » : « 1. Maintenance du corps par la peau, du psychisme par le moi; érection du penser; consistance des pensées. 2. Contenance: la peau et ses pores; la mémoire et ses trous; le penser enveloppe et limite les pensées; pensées closes, pensées ouvertes. 3. Surface d’excitation: barrières de contact; moi filtre; constance/rupture du penser; insistances des pensées post-traumatiques; 4. Surface d’inscription: traces sur la peau; symptômes incrustés sur le moi; signes du penser; pensées abstraites. 5. Consensualité: la peau comme sens commune; le moi et les équivalences symboliques; le penser comme microcosme; les systèmes de correspondance entre les pensées; 6. Individuation: arrachage de la peau commune et acquisition de sa propre peau; identité/altérité du moi; totalisation du penser; pensées personnelles. 7. Recharge énergétique: tonicité du corps entretenue par la seconde peau; tension du moi (Syntonie/dystonie); force du penser; pensées vraies. 8. Soutien de l’excitation sexuelle: plaisir de peau; érotisation du moi; sexualisation du penser; perversion des pensées ». Penser psychanalytiquement cette activité psychique la plus secondarisée signifie alors comprendre le long cheminement qui à partir de la peau, en passant pour le moi, conduit au penser. C’est alors qu’on peut comprendre comme le penser à les tâches de donner consistance et de contenir les pensées, de vivifier les pensée par l’apport de l’affect, de produire une inscription des pensées dans l’appareil psychique, d’organiser les pensées – « en système de correspondance, concordance, convergence, proportion, catégorisation, classification » –, de faire circuler les pensées entre le moi et le/les autre/autres personnes ou instances, raviver l’énergie psychique à son tour nécessaire pour penser, de « trouver un équilibre entre le plaisir de penser et la pensée du plaisir ». Pour terminer, je rappelle que dans cette évolution Anzieu a décidé de retirer la neuvième fonction (toxique ou auto-immune) de la liste pour la consigner à la catégorie du « travail du négatif », c’est-à-dire la mise en question de la part du penser de son propre travail.

Cristina Calarasanu: Comment voyez vous l’apport de D. Anzieu à la clinique du couple et de la famille que vous avez rencontré ?

Massimiliano Semmantico : Comment je l’ai déjà dit, c’est proprement la théorisation d’Anzieu sur le groupe – si bien comment celle de Kaës – qui a permis aux psychanalyste intéressés aux couples et aux familles de proposer une théorie groupaliste du fonctionnement psychique de couple et de famille. Pour analyser quelqu’un des concepts qui les analystes de couple et de famille ont tirés de l’œuvre d’Anzieu, je commencerai pour me référer à la notion d’illusion groupale, comme moment constitutif de la vie du groupe. C’est à partir de la qu’on a pu penser l’illusion gémellaire ou duelle comme moment fondant la réalité psychique du couple; une illusion par laquelle viennent s’effriter temporairement les frontières des deux Moi des partenaires pour la création d’une peau commune et contenante cette néo-réalité commune et partagée et qui constitue un concept outil fondamental pour la compréhension de la rencontre amoureuse. Ce qui conduit à prendre en considération l’étude des fonctions du Moi-peau dans le couple (1986) ou l’extension de la notion de Moi-peau à la famille (1993). Encore, à partir de la notion d’enveloppe groupale, une enveloppe qui contient les identités individuelles des membres et une partie d’identité commune, qui délimite et détermine l’espace psychique du groupe, qui contient les sujets et les liens qui les unissent, qui participe à la vie psychique du groupe, qui sert de barrière de protection et de filtre des échanges, et qui participe au travail d’élaboration, de transformation et de symbolisation spécifique de chaque appareil psychique groupal, un auteur comme D. Houzel a pu penser l’enveloppe familiale pour décrire les processus de stabilisation internes à la famille. Cette enveloppe peut être définie comme une structure qui assure la succession et la différenciation des générations, garantit la complémentarité des fonctions maternelles et paternelles et la constitution de l’identité de base et sexuée des enfants, tout en contenant l’ensemble des membres du groupe familial pour un partage du sentiment d’appartenance qui les réunit. Mais je pense aussi à l’extension de la notion d’enveloppes psychiques aux situations plurisubjectives de couple ou de famille. En ce sens on peut rappeler les travaux d’E. Granjon sur l’« enveloppe généalogique familial », pensé comme interface, structure intermédiaire entre le généalogique et le groupal avec son rôle d’organisateur de la transmission psychique dans la famille. En reprenant la théorisation d’Anzieu sur les deux feuillets de l’enveloppe psychique, l’auteur nous propose l’idée que le pare-excitation sert de lieu de « stockage du négatif de la transmission », en protégeant le groupe familial de l’«envahissement transgénérationnel», ainsi que la pellicule-interface c’est le feuillet où vient s’inscrire «ce qui a du sens». En outre, aux «fonctions d’interface» de l’enveloppe généalogique sont étroitement liés les rituels familiaux de rencontre et de séparation, qui permettent l’articulation du passé et du présent, donc l’inscription de sujets du groupe familial dans une histoire commune et partagée. De même, le modèle contenant de l’enveloppe psychique peut être pensé comme une des bases d’une théorie de l’espace onirique de groupe, de couple et familial, en partant de la définition d’une « enveloppe du rêve » qui selon Anzieu accomplit les fonctions de sac contenant, de barrière de protection et de membrane active et transformatrice des éléments qui la traversent; une enveloppe qui va reconstruire l’enveloppe psychique, du fait que le rêve va retisser ce que la veille a défait du Moi-peau. En ce sens le rêve, outre qu’accomplir des fonctions étroitement individuelles et intrapsychiques, exprime l’organisation et le fonctionnement de l’espace intersubjectif et contient les traces de ce que n’a pas laissé de représentations dans la psyché des sujets de l’ensemble et qui vont s’inscrire dans l’espace psychique de l’appareil psychique groupal-familial. L’onirisme familial permet ainsi de re-contenir dans l’espace psychique familial les «vécus sans traces», non symbolisables et mentalisables, qui se manifestent en «pur affect» (Ruffiot). Et l’on peut dire de choses semblables par rapport au cadre de la psychanalyse de couple, la où le rêve, son récit, aussi bien que les associations sur le rêve, s’entrelacent dans la dimension intersubjective comme expression d’un vécu non plus seulement individuel, d’où l’idée du rêveur comme porte-parole du couple – ou de la famille. Ce qui va se produire c’est une construction commune et partagée par l’ensemble-couple et qui acquiert du sens à l’intérieur de ce cadre particulier et dans un moment spécifique du processus thérapeutique.

Cristina Calarasanu: C’est toujours valable l’expression « un psychanalyste d’aujourd’hui » ? Ce quoi qui nous reste après la pensée d’Anzieu ?

Massimiliano Semmantico : Je crois fermement que pour Didier Anzieu, malgré son décès, c’est toujours valable l’expression « un psychanalyste d’aujourd’hui ». Je pense à ce qu’il a écrit dans le déjà cité article « La psychanalyse encore » : « Un travail de type psychanalytique a à se faire là où surgit l'inconscient: debout, assis ou allongé; individuellement, en groupe ou dans une famille; pendant la séance, sur le pas de la porte, au pied d’un lit d’hôpital, etc.: partout où un sujet peut laisser parler ses angoisses et ses fantasmes à quelqu’un supposé les entendre et apte à lui en rendre compte ». Je suis convaincu que cette affirmation c’est toujours valable et que en même temps elle représente l’énorme portée de son entendement. Un des éléments qui, a mon avis, nous reste, un des plus vivants, de la pensée d’Anzieu, est l’individuation d’une des tâches principales du psychanalyste, c’est-à-dire « trouver une réponse psychanalytique au malaise de l’homme dans notre civilisation présente ». C’est en ce sens que je pense que les notions, entre autres, de Moi-peau, d’enveloppes psychiques ou de signifiants formels représentent des contributions toujours très actuelles et indispensables pour la compréhension des formes de souffrance qu’on qualifie de narcissique ou d’états limites et qui caractérisent notre clinique individuelle contemporaine. D’ailleurs, les contributions d’Anzieu sur l’intelligibilité psychanalytique du fonctionnement psychique groupal, tels comment ont été élargies et approfondies de la part d’auteurs comme René Kaës, ont été et restent des instruments théoriques et cliniques absolument indispensables pour la pathologie intersubjective qui caractérise la clinique actuelle des ensembles humains – couples, familles, groupes, institutions, sociétés.