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Articole

POIESIS, a la recherche du sens perdue en therapie familiale psychanalitique
Dr. Manuela Porto, presidente de POIESIS (Association Portugaise de Psychothérapie Psychanalytique de Couple et de Famille), Lisbone, Portugal.

pentru varianta în limba română: click aici

POIESIS (Asociatia Portugheza de Psihoterapie Psihanalitica de Cuplu si Familie), Lisabona, Portugalia.

Ceci est une réflexion dans une perspective intégrant la Psychanalyse, la Philosophie et  la clinique sur ma pratique  en thérapie psychanalytique avec des couples.  Elle est appuyée sur plusieurs auteurs avec qui “j’ai dialogué” à  des moments divers  au cours de ma formation. Parmi d’autres: Ludwig Wittgenstein (sur la question du sens et  des impressions psychologiques), Emmanuel Levinas et dans notre champ, Pierre Benghozi.

Fréquemment un couple vient me consulter pendant une crise.

 Ils se demandent:
“Cette relation a-t-elle encore un sens?”
Ou
“Quel est le sens de ce qui nous est arrivé?”
  Parfois, ils affirment:
“On a besoin de trouver un nouveau sens pour notre vie...”
Les couples me parlent “de  sens” au cours de leur “demande” ( manifeste ou latente).
De mon écoute, comme thérapeute, ils sollicitent ”du sens” ....
Qu’en est-il de cette métonymie de sens?
Ces couples sont en train de vivre une rupture.
“On a perdu...ou... On n’a jamais trouvé le sens d’être un couple, ou même celui d’être simplement comme individu avant ou après le couple.

Et il faut faire des deuils,  nommer ce qui ne pouvait pas l’être, comprendre, transformer, ”créer” du sens nouveau, pour se travaille “le maillage, le remaillage des liens” (Benghozi P. 1994) qui se tissent.

C’est le moment où tout est mis en question- et ou chacun se demande:
Qui suis-je? Qu’est-ce que je veux?
Et la réponse, comme implicite-
Je suis dès le moment ou je regagne du sens; cette relation est, depuis le moment où elle regagne du sens.
Il s’agit  toujours d’une crise narcissique, d’une souffrance de l’identité.
-Comment soutenir son identité si manquent des marques symboliques?
-Comment soutenir l’identité “de” et “dans”  la relation ?

La rupture n’est pas seulement celle de la relation: c’est comme une déchirure dans la  maille tissée par les liens familiaux - c’est ainsi un problème de “Contenant”.

 “Dans l’essai de constituer le sens de l’autre, émerge un nous constitutant, qui est ce qui va permettre la relation avec l’autre, ce qui implique identité et altérité” (Lévinas-1991)

L’autre – implique responsabilité envers lui, et c’est dans ce face-à face humain que tout le sens fait irruption.

Nous sommes dans le champ d’une psychothérapie psychanalytique des liens, celle d’ une problématique de transmission psychique transgérationelle, où le matériel psychique qui a été transmis d’une génération à l’autre n’a pas été symbolisé – il a été simplement incorporé. On n’a transmis que des “impressions” – qui restent reliées au négatif, avec la correspondante compulsion à la répétition, - et pas des “traces” nets, qui puissent être représentés, symbolisés et transformés.

Le Passé est au Présent – et peut être changé en thérapie et dans la vie.

Gilles Deleuze écrivit, en analysant le concept grec du temps (Cronos), que ‘seul le présent remplit le temps. Le passé et le futur ne sont que deux dimensions relatives au présent dans le temps.  C’est dire que ce qui est futur ou passé appartient à la plus vaste extension du présent”.

Et avec A. Green(1995) on pourrait affirmer que  “ accéder à l’irrationnel et pas connu, c’est s’approprier de quelque chose.  Ce savoir cesse d’être du domaine de la perception et passe au domaine du concept; il est historique, il devient présence.”

Le psychothérapeute psychanalytique de couple apparait, ainsi,  comme un “meta-continant” avec la fonction d’étayer les liens fragilisés, d’aider à les remailler, en passant pour la construction d’une nouvelle narrative familiale généalogique.

Pour illustrer ce que je viens de présenter, je vais raconter deux ‘histoires’ de couples avec qui j’ai travaillé en psychothérapie:

_Ana et João,  qui étaient deux étudiants, sont devenus parents. C’est la condensation d’un passé, d’un vivre ensemble, et d’un nouveau présent: avec un bébé…

Quand j’ai écrit le récit narratif de ces  sessions,  j’ai mis un titre : 

_” Comment Ana et João sont en train de devenir un couple;  comment Ana, João et Francisco sont en train de devenir une famille”.

Pendant la 1ère session,  c’est toujours Ana qui prend la parole;  j’introduis toujours João au dialogue. Les interventions de João sont très concises et directes et,  parfois,  elles inflèctent complètement le sens de la communication - il parle d’une manière contrastante avec son allure corporelle, qui nous transmiterons quelque chose de lent et presque paresseux.

Ana est très active,  pressée,  et informée, tout de suite,  qu’elle a gagné une compétition nationale d’une modalité sportive avant le bébé, mais elle n’ira pas la suivre maintenant -c’était son père qui l’obligeait.

Ils affirment qu’ils sont venus  parce qu’ils ont eu un bébé et ils ont besoin de quelques conseils à propos de lui, de son éducation future, etc.  Ce qui se transforme, pendant la même 1ère session,  en les plaintes suivantes:

Elle ne veut pas se marier à moi;

-il n’est pas un bon père (c’était même une avantage d’avoir eut ce bébé d’abord, à fin de voir comment il se comportait comme père); et..

_”rien de tout ça n’a aucun sens”.

Les disputes entre eux étaient devenues permanentes, avec des accusations surtout envers João, qui elle dit avoir besoin d’une thérapie. Puis, ces plaintes ont  évolué pour la demande suivante:

-aidez-nous, ou bien à nous séparer, ou alors à rester ensemble et à être des bons parents.

Il y avait ici, en outre, une crise d’identité – envers eux-mêmes,  dans ces nouveaux rôles;  envers la relation –  qu’est-ce qu’ils avaient maintenant?  Et qu’est-ce que ça pourrait devenir?

Ils avaient eu une relation d’amoureux depuis environ cinq années, quand ils étaient encore à l’Université.

Mais, ils passaient les vacances séparés, lui avec des amis, elle avec ses sœurs;  elle avait même vécu hors du Pays, quand elle a fait Erasmus, et ils habitaient séparés,  elle chez sa mère, lui à son atelier, jusqu’à qu’elle est devenue enceinte.

Maintenant, ils ont fini leurs cours et ils travaillent. Ils habitent à la même maison ( l’atelier de João), mais “ils menaient une vie de célibataires” ( pour utiliser leur expression),  avec un tout petit détail:  il y avait un bébé et il pleurait pendant toute la nuit.

João ne l’entendait jamais, mais tout le monde savait que rien ne le réveillait, quand il s’endormait, et alors, il ne se réveillait pas non plus avec Francisco.

Ana, comme João, viennent de familles où il semble n´y avoir que des enfants, et l’un d’entre eux fait le père – de ses propres parents eux-mêmes, de ses frères, des grands-parents...

Par exemple:

_ La famille de João est une famille traditionnelle au point de vue social et de très bonnes ressources économiques. Ils habitent une grande maison -  les grands-parents, les parents, les fils, les petits-fils; jusqu’à ce jour-là, tout le monde s’est marié avec des grandes fêtes; qui les organise, ainsi que les anniversaires et toute la  vie social de la famille, c’est la mère –  mais, pendant tout le reste du temps,  elle est déprimée, et surtout depuis que João est sorti de maison et s’autonomise; le père, qu’il dit être très fragile, lui rend plusieurs coups de téléphone chaque jour, en lui demandant de les orienter à lui  et à sa mère, et tout le monde est très accusatoire envers ce qu’ils croient être un abandon  et manque de protection de sa part envers la famille.

Les accusations comprennent des plaintes à propos de qu’il aurait été trop gâté, la même accusation qu’Ana lui fait aujourd’hui.

Mais, João est le plus jeune – il a commencé à travailler et il ne peut pas être absent, il a un fils.

Il a essayé d’être indépendant et d’être dans son rôle de fils et de son âge;  il a commencé par avoir un espace hors maison pour travailler- son atelier, puis, il y est resté quelques nuits,  jusqu’à passer définitivement pour son espace à lui.

Il vit, néanmoins, toujours très préoccupé avec sa famille d’origine, il téléphone presque tous les jours,  il va déjeuner fréquemment avec eux,  même si Ana ne veut pas y aller.

La famille d’Ana, nous apparaît dès lors, comme plus dysfonctionnel et avec un caractère d’incestualité – João dit que dans la famille d’Ana  “la liberté n’a pas de frontières”. Le père  a laissé la mère avec leurs quatre enfants, et il est allé vivre avec une jeune fille un peu plus âgée qu’Ana ; ils ont aussi un bébé à peu près du même âge que Francisco. Le père sollicite fréquemment sa présence au déjeuner et essaye de se conseiller avec elle à propos  de la relation avec sa nouvelle femme.

Tout cela fait qu’Ana soit en permanence dans un état de conflit à propos des loyautés familiales. Elle regrette ce qui s’est passée avec sa mère; elle est fâchée avec son père, mais elle l’entend et lui donne des conseils; la mère, Ana et ses sœurs,  n’ont pas d’objets personnels-  tout est à tous, des vêtements à l’appareil photographique.

Elle a essayé de s’organiser, et créer l’idée qu’il y a le “privé” , et maintenant les choses sont aussi à João... Il est même arrivé qu’un jour une de ses sœurs était en train de porter des pantalons et des chemises à João.

Il y avait, dans ces familles, un attaque à la différence, soit au point de vue de l’âge, comme du gendre ou des générations.

Ana est aussi accusée d’être égoïste, abandonnique, avare.. Sa mère est déprimée, ses sœurs sont fâchées ...

Au fur  et à mesure que ce couple est en train de s’organiser, la mère est plus fâchée et déprimée –quelque temps après Ana a réussi à la convaincre à suivre une psychothérapie.

Depuis quelques sessions, João a dit,  en se rapportant au bébé: “ il paraît que, maintenant, quand il pleure, près du matin, j’entends quelque chose...”

Cependant, “parce qu’ils ont un thérapeute, ils n’ont pas tant de peur”- ils disent. Alors ils ont essayé de passer un fin de semaine à la province, ensemble, et tout c’était très bien passé!..-ils l’affirment comme quelque chose d’étonnante.

Et la réflexion fut découlant, en passant par plusieurs thèmes:

-Qu’est-ce qu’un couple? –Qu’est-ce que c’est d’être parents?
_”Être parent ça a peut-être à voir avec être enfant.”-je suggère...
-Comment pouvons-nous nous rapporter  à nos familles d’origine?

Et le sommeil de João était de plus en plus léger - d’une manière tel qu’il a réussi même à être le 1er à arriver prés du berceau, quand Francisco pleurait pendant la nuit. Il y a eu même des moments où Ana a protesté que c’était trop!- il s’avait transformé en  “père-poule”.

De son côté, Francisco, a passé à bien dormir.

Et Ana n’a plus chanté le Fado, quand elle était fâchée avec João,  ce que l’ennuyait beaucoup. Le Fado est la chanson portugaise caractéristique, et qui parle surtout d’abandon, de douleur, de passion et de trahison..... d’angoisse de séparation, selon moi.

-L’autre histoire, est celle d’un couple qui est venu à la suite d’une forte insistance  du mari (Vicente), parce que sa femme (Inês) voulait une séparation; elle avait même déjà décidé ses vacances toute seule et une date pour la séparation définitive, après les vacances.

 Il ne pouvait pas l’accepter. C’était trop inespéré pour lui, et ça ne lui faisait aucun sens.

D’ailleurs, ils avaient deux fils; et il faisait référence au fait de sa famille, qui les avait tant aidés (il parlait de l’aide au niveau économique) ne pas vouloir l’accepter.

Mais tous les deux membres de ce couple sont  très biens payés pour leurs travaux- ils ne s’organisent pas et l’argent ne suffit jamais.

Outre cela, il avait fumé du tabac et du cannabis jusqu’ici et avait laissé il y avait deux mois…Il ne comprenait pas ce qui se passait donc..

Elle se plaignait, en disant qu’elle n’avait pas 2, mais 3 enfants, et le plus âgé (son Mari) avait des entêtements violents, et, depuis qu’il ne fumait pas, il n’acceptait rien de ce qu’elle disait et avait changé sa position près des enfants, en étant beaucoup plus proche, mais plus assertif.

Il l’accusait de l’avoir privé de l’intimité avec ses enfants, en faisant toujours une espèce de médiation.

Mais, elle accepta la thérapie, qui a eu la durée d’à peu près 2 années.

_Quel sens avait donc eu cette relation jusqu’ici ? Et qu’est-ce qui l’avait fait perdre le sens ?

Les éléments de ce couple sont des cadres supérieurs.

Il provient d’une famille où la pièce d’échange semble être la culture au lieu des affects.

Ils sont très traditionnels ;mais il est interdit  de parler des ancêtres (même pas des grands-parents). Il sent qu’il y a beaucoup de secrets.

Il est le plus jeune de plusieurs frères, qui sont tous dans des grandes entreprises. Il se voit comme mouton noir   de la famille-il s’est toujours ressenti très seul, même quand il était petit et avec une très grande honte, Il ne sait pas de quoi.

Elle provient d’une famille de culture afro-portugaise. Son père est disparu lors de la guerre coloniale, sa mère est décédée peu après. Inês et ses frères ont tout perdu, au point de vue matériel et ils ont tout recommencé à Lisbonne.

Elle dit qu’elle a beaucoup de deuils à faire- elle ne réussit pas à les faire.

Elle ne veut pas dépendre de personne, ni que personne dépende d’elle.

Au décours de la thérapie, Vicente se rappelle qu’il a toujours entendu parler, à mi-voix, qu’il était pareil à un certain oncle, qui avait vécu autrefois.

On a construit, alors, le génogramme de cette famille et il a perdu, cependant, la honte d’aller demander à sa mère l’histoire de sa famille et celle de son père. Elle a eu de la résistance à le faire, ils étaient fâchés avec tous les cousins et avec tout le monde et il y avait beaucoup d’événements qui avaient été cachés et on essaya de les oublier, parce qu’ils les trouvaient peu dignes de leur famille .Cet oncle était considéré « le marginal ».

Ces révélations lui ont été faites après qu’il a communiqué qu’il ne fumait plus, qu’il poursuivait une thérapie et qu’il ne voulait plus d’aide économique.

Il a commencé aussi à se faire entendre aux réunions de famille, qui avaient lieu toutes les semaines, sur des thèmes politiques et littéraires dont il n’était pas moins connaisseur.

Elle a laissé d’y aller ou n’y allait que très rarement.

Quand le père de Vicente est tombé gravement malade, Vicente est devenu le pivot de l’organisation familiale.

Dans la maison de ce couple, d’architecture très moderne, ont été bâtis, pendant la thérapie, plusieurs murs, et ont été mis des portes, pour créer des chambres à coucher indépendantes pour leurs enfants adolescents.

Les limites internes et le nouveau modèle de relation parental a commencé à déborder et à être vécu dans la maison même, comme un prolongement de la  propre image du corps et de soi-même, comme des êtres non dépendants, mais plus proches, plu paires et plus capables d’être des fils, des frères, et des parents.

Mais ils ont décidé de vivre séparés.

Pendant cette thérapie, elle dit qu’elle a fait le deuil de la mort de son père, disparu à la guerre il y a trente ans.

Il se sent transformé et comprend qu’ils ont des projets de vie trop différents.

Les deux s’accordent à propos de qu’ils ont appris à être un bon couple parental.

Pour conclure, j’affirmerai que :
-le couple est un ‘lieu’ des enjeux du symbolique;

-la psychothérapie psychanalytique de couple, un ‘lieu’ où se construit un nouveau lien, qui permet de travailler avec le passé-présent, et de le ‘corriger’ - en complétant des processus d’élaboration qui ont resté incomplets, en transformant le négatif et le rendant pensable -c’est-à-dire en- permettant trouver le Sens de chaque vie avec la construction de son identité et de celle de la relation.

N’est-ce pas la fonction Poiesis, que d’ouvrir à un contexte et une pratique contenante, constructive, remmaillant, génératrice et réparatrice, qui permet de penser et nommer, de chercher et créer “le sens perdu”?

Dr. Manuela Porto, presidente de POIESIS (Association Portugaise de Psychothérapie Psychanalytique de Couple et de Famille), Lisbone, Portugal.

Text presente a l’occasion du Premier Congres de EFPP, Section Couple et Famille, Florence, Italie dans le seminaire “Transmission transgenerationelle dans le couple et la famille”.